Matériaux de construction : Retour sur le choc inflationniste (2020-2026)

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Le secteur du bâtiment en France traverse une période de turbulences sans précédent depuis le début de l’année 2020. Ce qui a commencé par un gel logistique mondial s’est transformé en une crise structurelle profonde, marquant la fin de l’ère de la construction à bas coût. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il suffit de regarder l’indice BT01 : il est passé de 111,8 en janvier 2020 à 133,3 en novembre 2025, soit une progression de près de 19,2 %.

2020-2021 : La désorganisation mondiale

Avant la pandémie, le secteur évoluait dans une stabilité relative. L’arrivée du COVID-19 en 2020 a d’abord provoqué un arrêt des chantiers, mais les prix sont restés stables grâce aux stocks existants, avec une hausse limitée à 1,6 % sur l’année.

C’est en 2021 que la première onde de choc a frappé. La reprise mondiale asymétrique a créé des pénuries de matériaux, notamment pour le bois d’œuvre qui a connu une volatilité historique avec des pics de hausse atteignant +60 %. L’acier a également commencé son ascension, porté par une demande spectaculaire et des flux logistiques désorganisés.

2022-2023 : Le choc énergétique et les matériaux « électro-intensifs »

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a introduit une nouvelle variable : l’explosion des coûts de l’énergie. Les matériaux nécessitant une fabrication à haute température ont été les plus touchés :

  • L’acier : A subi une hausse cumulée de 40 % entre 2021 et 2023.
  • L’aluminium : A atteint un record historique en mars 2022 avant d’entamer une phase de correction.
  • Le béton : Ses prix ont augmenté de 15 %, poussés par le coût du gaz et de l’électricité nécessaires aux fours à ciment.

Au total, l’indice BT01 affichait une hausse annuelle record de 6,11 % en janvier 2022.

2024-2025 : La décarbonation comme nouveau moteur de coût

À partir de 2024, l’inflation des matériaux s’est stabilisée à des niveaux élevés, mais une nouvelle composante réglementaire est entrée en jeu : la RE2020. Le passage au « Seuil 2025 » au 1er janvier 2025 impose des exigences carbone plus strictes, obligeant les constructeurs à privilégier des solutions plus onéreuses comme le béton bas carbone ou les matériaux biosourcés.

Cette transition environnementale génère un surcoût de construction initial estimé entre 5 % et 10 %. Parallèlement, certains métaux comme le cuivre restent sous tension en raison de l’électrification croissante des bâtiments, s’installant durablement au-dessus de la barre des 10 000 USD par tonne.

Perspectives pour 2026 : Vers un nouvel équilibre

Pour 2026, les experts prévoient une stabilisation relative des prix sur des plateaux élevés. L’indice BT01 devrait connaître une hausse modérée, tandis que les taux de crédit immobilier devraient se stabiliser autour de 3,2 %.

Cependant, la santé financière des entreprises reste fragile. Le secteur de la construction a représenté 25 % des 70 000 défaillances d’entreprises enregistrées en France en 2025. Malgré un timide rebond de l’activité attendu (+1,8 % en volume), la Fédération Française du Bâtiment (FFB) anticipe encore la suppression de 10 000 postes en 2026.

En conclusion, construire en 2026 demande une expertise financière rigoureuse. La maîtrise des coûts n’est plus seulement technique, elle est devenue contractuelle et stratégique pour faire face à cette nouvelle réalité du marché.

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